L'Univers de Jane Lyng

L'Horloger des Rêves

Aperçu de l'article 4

L'Horloger des Rêves

Dans une petite rue pavée d'une ville où les enseignes étaient toutes délabrées, se trouvait l'atelier de M. Émile, un horloger dont la vitrine était si poussiéreuse qu'on ne pouvait pas voir les montres qui s'y trouvaient. M. Émile était un homme âgé, avec des mains fines et précises. Ses yeux, cachés derrière des lunettes de lecture épaisses, semblaient scruter au-delà des rouages, comme s'ils voyaient le temps lui-même.

Les gens lui apportaient leurs montres pour les faire réparer, mais ils venaient aussi pour une raison bien différente : ils voulaient que M. Émile répare le temps qui passe. La plupart du temps, ils parlaient d'un regret, d'un instant qu'ils voulaient revivre, d'une décision qu'ils auraient voulu changer. M. Émile ne les écoutait pas. Il prenait leur montre et leur disait de revenir dans une semaine.

Il ne réparait pas les montres, il réparait le temps. Il ouvrait le boîtier de la montre, et avec une pince à épiler, il manipulait les rouages. Il ne les changeait pas, il les réajustait. Il les synchronisait avec la vie de son propriétaire.

Un jour, une jeune femme nommée Clara est entrée dans son atelier. Elle tenait une montre dans sa main, une montre que son père lui avait donnée. Elle lui expliqua qu'il était décédé et qu'elle avait le sentiment de n'avoir pas pu lui dire adieu. Elle demanda à M. Émile de lui donner plus de temps, ne serait-ce que quelques minutes.

M. Émile, pour la première fois, regarda la jeune femme dans les yeux. Il prit la montre de son père et la plaça sur son établi. Il n'utilisa pas ses outils. Il regarda simplement la montre pendant de longues minutes. Il sentit le désespoir de Clara, sa peine et sa douleur. Il ferma les yeux, et ses mains se mirent à travailler, manipulant le temps avec délicatesse.

Lorsque Clara est revenue, il lui a rendu la montre. Elle n'était pas réparée, elle n'avait pas l'air différente, mais le temps avait été ajusté. Clara se sentit obligée de la prendre. Le soir même, elle se coucha, la montre à son poignet. Elle ferma les yeux, et elle se retrouva dans une chambre d'hôpital, le jour où son père était parti. Il était allongé dans son lit, et il lui souriait. Elle pouvait entendre sa voix, le son de sa respiration, et elle pouvait le tenir dans ses bras.

Clara se réveilla en larmes, mais elles étaient des larmes de soulagement. Elle avait eu le temps qu'elle avait demandé, mais elle n'avait pas revécu le moment. Elle avait eu un rêve, un rêve qui était aussi réel que la réalité. La montre ne lui avait pas donné plus de temps, elle lui avait donné un souvenir.

Elle retourna voir M. Émile et le remercia. Elle comprit alors que M. Émile ne réparait pas les montres. Il était un horloger de l'âme, un artisan des rêves et des souvenirs. Il ne donnait pas plus de temps, il donnait un sens au temps qui passe. ………………………………………………………………..